Politique

Face à la crise du COVID-19 : Le PJD défaillant

Une page va certainement se tourner d’ici l’année prochaine. Sa lecture et son interprétation ne peuvent être que pénalisantes pour le Parti de la justice et du développement. Reste à savoir qui profitera de cette contraction.

Nul doute que l’impact du virus Covid-19 se fera sentir sur tous les plans. Il y aura en effet un avant et un après. Cet après n’est pas prédictible –tous les économistes sont dans le brouillard. Mais pour ce qui est du Maroc, une chose est sûre: le nécessaire changement va marquer l’action publique et politique. Ce qui pose, entre autres, le problème de la capacité institutionnelle des voies et moyens d’un autre modèle de développement. À cet égard, le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, et son parti, sont-ils en mesure d’appréhender la nature et la portée des contraintes actuelles? Rien n’est moins sûr et ce pour différentes raisons, cumulatives d’ailleurs. La première d’entre elles, c’est que la crise sanitaire a été un révélateur de tout ce qui n’a pas été entrepris. La polarisation qui s’est faite autour du déficit du système de santé est l’une des illustrations des insuffisances des politiques publiques. Le seconde est celle-ci: la formation islamiste qu’il dirige a-t-elle été à la hauteur de la situation. Le PJD, qui a la direction du gouvernement depuis plus de huit ans, a-t-il entrepris les réformes attendues qui étaient pourtant annoncées dans son programme électoral tant en 2011 qu’en 2016? Personne ne peut sérieusement le soutenir.

Un rendez-vous raté
La quasi-décennie écoulée n’a pas marqué de grandes avancées ni dans les domaines économique et social ni dans d’autres. L’actif des réalisations, des chantiers et des réformes n’est pas imputable au PJD. On le doit au volontarisme et à la vision de S.M. le Roi. Les ministres de ce parti se sont-ils distingués par le portage de telle ou telle réforme? pas vraiment. Le chef de l’actuel Exécutif, en responsabilité depuis trois ans, a-t-il vraiment soutenu et incarné le changement? Nullement. Et l’on a vu, à chaque fois, que c’était le Souverain qui impulsait l’action gouvernementale dans de nombreux domaines (éducation, formation, régionalisation, relance économique, climat des affaires et d’investissement…). Il fallait bien suppléer la carence et la stagnation. Le Souverain est –et se veut– réformateur. Il n’a pas eu en l’occurrence les acteurs susceptibles de se mobiliser à ses côtés et en particulier l’accompagnement du PJD. Pareille situation a ainsi fortement pesé sur le cours de l’action gouvernementale et sa mise en oeuvre avec un cap, des séquences, des priorités…

Faut-il s’étonner du rendez-vous raté par la formation islamiste dans de telles perspectives? C’est que ce parti souffre cruellement de hauts cadres justifiant d’un parcours, d’une expérience ou d’une compétence répondant aux tâches de l’État. C’est tellement vrai que dans les deux gouvernements en place depuis 2021, le banc de touche reste en-deçà des exigences d’une haute administration tournée vers la réforme. S’y ajoute un phénomène de coopération entre soi sans réelle ouverture vers de nouvelles potentialités. Ce qui pousse dans ce sens également, n’est-ce pas la capacité de Saâd Eddine El Othmani à assumer la plénitude de ses attributions constitutionnelles? Arbitre-t-il? Décide-t-il? Prend-il des initiatives pour avancer dans la voie réformatrice? C’est en dehors de lui que les choses se passent dans son cabinet. Des ministres assument et portent des réformes; d’autres, moins innovants et moins audacieux, ne prennent aucun risque: le carriérisme est leur marqueur.

Des insuffisances majeures
Avec cette crise sanitaire en même temps qu’économique et sociale, tout est à refaire. Le système partisan dans son ensemble ne s’est pas particulièrement distingué par son «activisme », tant s’en faut. Comment finira l’année 2020? Et comment se présentera ensuite l’année 2021? Le PJD va se trouver face à une contrainte majeure qui présente un double aspect. Le premier, c’est qu’il ne peut mettre en relief, dans l’option des scrutins de 2021, son bilan. Que peut-il en effet revendiquer en propre alors que tous ce qui a été fait depuis 2017 lui a échappé?

Le second regarde la nature et la portée de son «nouveau» programme pour la législature 2021-2026. Le parti n’a pas apporté de valeur ajoutée. Dans ces conditions, quelle offre politique peut-il bien mettre en avant auprès des électeurs? Il a pour lui, à un premier niveau, un électorat passant pour être globalement fidèle. Mais ces mêmes électeurs ne peuvent ignorer cette forte séquence graduelle de déflation, aggravée par la crise sanitaire et ses conséquences. Ils auront sans doute en mémoire l’état du système de santé dévoilé au grand jour par l’épidémie du Covid-19. Ils ne pourront pas non plus mésestimer la crise sociale générée par ce virus ni son impact économique. Si bien que les promesses que pourrait faire le PJD, lors des campagnes électorales de 2021, tomberont au moins en partie pratiquement à plat.

Comment faire crédit pour une troisième législature jusqu’à 2026? Quelle crédibilité accorder à des «promesses» relevant largement du registre populiste alors que l’état des lieux présente des insuffisances majeures? Une page va certainement se tourner d’ici l’année prochaine. Sa lecture et son interprétation ne peuvent être que pénalisantes pour cette formation islamiste. Reste à savoir qui profitera de cette contraction et de ce déclassement et ce pour faire plus et mieux

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