Dossier

MAROC…UN RELÂCHEMENT INQUIÉTANT

Des marchands ambulants, des triporteurs, des piétons et des véhicules en circulation dont le nombre a sensiblement et visiblement augmenté. Un début de relâchement qui va prendre de l’ampleur à l’approche de Ramadan, marqué par la grande affluence dans les mosquées. Une campagne de sensibilisation des instances religieuses doit démarrer en urgence.

Le confinement dure. Et il est dur. Et tous les indicateurs laissent dire qu’il sera prolongé au-delà du 20 avril 2020. Le nombre assez alarmant et même effrayant de 259 nouveaux cas contaminés du 15 au 16 avril et de 245 nouveaux cas du 16 au 17 avril, en est le plus éloquent. Rien donc ne justifie un relâchement contagieux qui coûterait nos vies et celles de nos proches. Surtout à quelques jours de l’avènement de Ramadan, un mois de piété à haut risques eu égard au nombre record de fidèles qui affluent dans les mosquées. En ce mois singulier, les fidèles commencent à affluer en grand nombre, à pied ou en voiture, pour accomplir la dernière prière d’Al Ichae avant les prières nâfilahs (surérogatoires) dites “Tarawihs”. Contrairement aux heures des prières normales et obligatoires, ces moments rassemblent beaucoup plus de personnes de toutes les tranches d’âge et de toutes les catégories socio-professionnelles: adultes, jeunes et enfants. Il y en a qui viennent en famille.

“Se dégourdir les jambes’’
D’où l’inquiétude, en cette période de crise sanitaire où la courbe de propagation n’est pas encore prête à fléchir, d’assister à de larges contaminations collectives. Il est urgent que le ministère des Affaires islamiques et des Habous et le Conseil supérieur des oulémas communiquent et publient des recommandations, voire des fetwas s’il le faut, qui soient largement relayées par tous les canaux médiatiques. Mais il ne faut pas attendre la veille pour le faire. Car si l’informaiton n’arrive pas à temps aux destinataires, rien n’empêchera les attroupements devant les mosquées formelles ou informelles au moment des Tarawihs. Une fois de plus, le risque à courir est important. Il va falloir agir maintenant.

Car comme de coutume, en prévision de Ramadan, quelques jours auparavant, les femmes font leur approvisionnement en épices, fruits secs, feuilles de pastilla…. dans les marchés et les souks et les kissariats. Une activité devenue une tradition immanquable. Cela commence déjà. Pire, ces derniers jours, un constat anormal a été relevé de manière récurrente. Les marchands ambulants et les triporteurs envahissent la rue. Le nombre des piétons et des véhicules en circulation a sensiblement et visiblement augmenté. Ce début de relâchement est non seulement du côté des citoyens. Mais aussi du dispositif sécuritaire et surtout des agents d’autorité qui autorisent des déplacements entre les villes, formellement interdits sauf en cas de force majeure.

Mais assister à un enterrement d’un proche n’est en aucun cas une force majeure par les temps qui courent! Comment accepter qu’au sein de la même famille, il y ait deux ou trois autorisations? Le père ou la mère vont faire leurs emplettes. Et le fils ou la fille vont voir un copain ou une copine ou briser la routine et par la même occasion ‘‘se dégourdir les jambes’’. C’est inadmissible. Le jour où le gouvernement a décidé de décréter l’état d’urgence sanitaire, il a explicité les consignes de confinement et a même délimité les secteurs d’activité autorisés à continuer à travailler. Mais là aussi, les règles sont largement bafouées. Beaucoup d’entreprises évoluant dans des secteurs économiques sommés de cesser leur activité, font encore tourner la machine.

Montée en flèche des contaminations
Si ces dépassements peuvent être réprimés, le pire à craindre, ce sont les sites industriels autorisés à fonctionner qui n’utilisent pas toutes les précautions qui s’imposent pour protéger leurs employés et empêcher ainsi la propagation du coronavirus au moment où le pays dépasse la barre psychologique des 2.000 cas confirmés (nous étions à 2.528 cas au vendredi 17 avril à 10h).

Dans sa déclaration quotidienne du mercredi 15 avril 2020, le directeur de l’épidémiologie et des maladies infectieuses, Mohamed Youbi, a assuré que la montée en flèche des contaminations n’est pas seulement liée à l’augmentation des tests, mais également à certains foyers familiaux et industriels. Deux ouvrières ont été touchées dans une unité industrielle à Aïn Sebaâ, semant la panique chez le reste des salariés. L’une des deux ouvrières contaminées, au regard de son poste de responsabilité, avait un contact permanent avec l’ensemble des travailleuses. C’est une chef d’équipe dans une usine spécialisée dans la production d’équipements médicaux et paramédicaux qui a été testée positive au Covid-19 et qui, au cours de ses heures de travail et de par la nature de son travail, a contaminé plus de cinquante employées de cette unité industrielle. Un fait dangereux. Le nombre d’infections dans un seul et même lieu est une bombe si l’on tient compte du fait que les personnes déclarées positives au Covid-19 travaillant dans cette usine rentrent chez elles chaque soir. 50 foyers familiaux, dans 50 lieux différents, pourraient être touchés par le coronavirus. Si l’on compte 4 ou 5 membres dans le même foyer, faites le calcul du nombre total des personnes infectées. Le cas de cette usine industrielle n’est pas isolé. Cela fait peur quand on imagine les usines en activité actuellement et qui font fi des consignes de sécurité.

Campagne de sensibilisation
Dans nombre d’entreprises, les salariés dénoncent sans cesse l’absence des mesures de prévention sur les lieux du travail. Mais le profit aveugle certains hommes d’affaires qui voient dans ces mesures de précaution obligatoires un manque à gagner. Si la continuité de certaines activités industrielles en période épidémique est nécessaire à plusieurs niveaux, elle est porteuse de très hauts risques. Une situation alarmante qui interpelle les autorités pour mettre fin à des comportements lourds de conséquences. Des risques qui ne peuvent être ignorés ou minimisés sous prétexte que ces activités fournissent des produits et services élémentaires voire indispensables.

La solution ne peut être radicale, bien entendu. C’est-à-dire que l’on ne peut admettre que ces usines soient définitivement fermées tant que leur production est incontournable. Mais il faut frapper fort pour imposer aux responsables, qui tirent profit de leur commerce juteux, de respecter au moins les consignes de prévention et de mettre à disposition de leurs salariés tous les moyens et le matériel médical nécessaires à même de garantir leur sécurité et d’empêcher la propagation du virus au cas où un des leurs serait porteur asymptomatique du nouveau corona.

Et pour revenir aux scènes de relâchement constatées tout récemment, qui peuvent se démultiplier avec l’avènement de Ramadan, il est urgent que le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, et le Conseil supérieur des oulémas se fendent d’un communiqué et lancent une campagne de communication et de sensibilisation à large échelle au sujet des éventuels rassemblements habituels dans les lieux de culte pendant le mois sacré.

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