Culture

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Il arrive parfois que l’être soit complètement désaltéré et déstabilisé. Des moments de désespoir et d’extrême désolation. Ce n’est pas uniquement parce qu’on se trouve dans une situation délicate, mais aussi, pour le simple fait d’observer les autres et de regarder ce qui se passe autour de nous. Des choses qu’on rencontre sur ce chemin froissant de notre vie et sans le vouloir, on se met à se reprocher des choses. On se sent coupable. Une culpabilité qui nous hante et nous poursuit, nous poussant à chercher au fond de nous-mêmes les raisons ainsi que les causes de ce châtiment éternel. On se sent donc obligé de fuir face à cette insuffisance de preuves pour justifier un tel ou tel comportement. Tout se bouscule et la peur de soi nous gagne, comme un vol de criquets qui ravage tout ce qui se trouve sur son passage. Un nuage noir, un cauchemar effroyable qui nous fait sursauter au milieu de la nuit longue de l’hiver rude et froid. Toute une muée d’hallucinations qui nous pénètre, comme des rayons de soleil à l’aube. Enfin, toute une alternative et une sorte de réincarnation que ces événements nous imposent. Une sorte de voyage aux confins de ce monde marqué par tant de déchirures et de tragédies humaines. Un voyage au bout de l’enfer comme on ne l’a jamais fait auparavant et qui du coup nous tente et nous séduit. Une exploration de cet interdit qui désormais on n’esquive, pour la simple raison qu’il nous choque et nous perturbe. Silence, réclusion, solitude, exil même, tout semble enfin nous permettre de s’échapper de cette réalité sordide et amère. Une autre façon de souffrir et en même temps d’enterrer cette faiblesse qui nous bouleverse et entrave toute emprise et toute franchise. Silence de mort…

En parlant des morts, il semble qu’il y’a des gens qui ont cessé d’exister depuis longtemps. De simples momies qui continuent à errer dans le temps et l’espace. Des formes humaines effrayantes qui nous hantent un peu partout dans notre vie quotidienne. Des personnes que nous essayons d’intégrer malgré cette sensation bizarre à leur égard. Cette sorte d’abjection de leur vécu et de leur état qui nous préoccupe et nous empêche parois de dormir la nuit à force de revoir ces images affreuses et horribles. Des images qui décrivent le haut stade de la misère et de la décadence humaines. Qu’il s’agisse de proches ou des étrangers, le choc reste le même et la douleur qui en découle est sans limite, inévitable et profonde. Une douleur atroce qui ne nous quitte guère et qui s’enfonce comme une épée à double tranchant. Tout en fermant les yeux, on se force d’oublier cette quotidienne acre. On invite le rêve pour dissiper cette inquiétude et cette angoisse qui dominent nos pensées et nos sentiments. On se lamente et se confie à cette divinité suprême pour surmonter cette panique et cet effroi qui nous enclavent et nous harcèlent, telle une bête féroce blessée qui cherche à se venger et qui ne lâche pas prise. Une forme de survie nous attend donc sur l’autre bout de ce chemin qui ne nous mène nulle part…mais qui tend vers ce qu’on refuse…. mais qui reste la solution la plus adéquate….le suicide….

Qu’il soit lent ou intrinsèque, il demeure la dernière solution sinon le dernier recours, le dernier choix pour lequel on opte les yeux fermés, sans réfléchir ni calculer les conséquences. Une sorte de détermination et de décision qu’on prend dans la foulée, oubliant même le fait qu’on a encore des facultés et qu’on peut donner malgré ce désespoir qui nous comble et interfère à un instant bien déterminé de notre vie d’une manière négative. Une échappatoire qu’on juge primordiale pour mettre fin à autant de tracas et de d’échecs, qu’ils soient d’ordre sensationnel ou professionnel. Tout dépend de cette projection du vécu et de son évaluation. Tout dépend de cette confiance en soi qu’on a nourri tout au long de ce parcours qui représente notre vie. une analyse sincère de cet acheminement qui reste marqué par tant de souvenirs et d’incidents qu’on n’a pas envie d’abandonner surtout qu’ils maquent des moments de transitions, de bats et hauts de cette vie dont on est lassé d’un seul coup. Mourir donc reste ce choix personnel qui met fin à tant d’illusions et de suspenses, de doutes surtout au sujet de cette existence qui parut subitement farouche et médiocre, malgré tout le gain qu’elle avait pue rapporter, malgré tout ce qu’elle avait pue servir d’exemple pour tant de créativité artistique, littéraire et même philosophique autant qu’il s’agisse d’une vie avec toutes ses composantes et ses exceptions. Une vie qu’on ne peut pas retrancher facilement du schéma social et qui en dépit de toutes contraintes, elle y figure comme un critère de détermination et d’analyse.

Mohamed Laghouizi

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