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Découverte d’un test mesurant l’immunité contre le Covid-19

Des chercheurs français ont mis au point un test sérologique pour détecter les anticorps spécifiques au coronavirus, mais aussi leur efficacité.
Le laboratoire Pasteur-TheraVectys aurait mis au point un test sérologique permettant de mesurer l’immunité d’un individu infecté par le coronavirus Sars-Cov2. “Un outil précieux pour accompagner le déconfinement”, estime le directeur du laboratoire Pierre Charneau dans une interview publiée par Libération dimanche 26 avril.

Les  tests sérologiques classiques permettent de déterminer la présence d’anticorps produits par un individu atteint du Covid-19. En théorie, de tels anticorps voudraient dire que le corps a réussi à lutter contre le coronavirus et est maintenant protégé. Mais il existe de nombreuses incertitudes autour de ces tests qui rendent bon nombre de scientifiques prudents: notamment leur fiabilité, ou encore la qualité des anticorps présents.

Justement, les équipes du laboratoire Pasteur-TheraVectys ont mis au point un test de “séro-neutralisation” qui permet de mesurer la capacité des anticorps à empêcher le coronavirus de pénétrer une cellule humaine, précise Pierre Charneau. Un outil qu’il serait possible de déployer à grande échelle dans toute la France, estime-t-il.

Attention cependant à ne pas tirer de conclusion hâtive, comme l’idée de certificats d’immunité . Le taux de fiabilité, s’il est prometteur, est encore difficile à garantir sans recul. Surtout, si connaître l’efficacité des anticorps, la qualité de l’immunité, est une pierre importante apportée à l’édifice, cette avancée ne suffit pas à affirmer que la protection d’un individu est acquise. “C’est un test très sophistiqué, mais il reste beaucoup d’inconnues”, rappelle au HuffPostMorgane Bomsel, directrice de recherche CNRS à l’Institut Cochin, spécialiste de l’immunité.

Des dizaines de milliers de tests réalisables

Le test a notamment été utilisé, avec trois autres, dans la grande étude menée dans l’Oise par l’institut Pasteur qui cherchait à mesurer le nombre réel  de personnes contaminées par le coronavirus dans cet épicentre de l’épidémie en France. Pierre Cherneau affirme que les laboratoires de villes pourraient, s’ils y sont autorisés, participer à tester massivement la population et que les machines de l’Institut Pasteur sont capables d’analyser des dizaines de milliers d’échantillons par semaine.

Avant cela, il faudra bien sûr vérifier l’efficacité du dispositif, s’assurer qu’il n’y a pas de faux positifs ou négatifs. “Sur la seule étude publiée sur ce test pour le moment, seuls 5 patients ont été suivis sur la durée”, rappelle Morgane Bomsel. Le laboratoire est actuellement en train de tester 6000 échantillons sanguins provenant du  Haut-Rhin, ce qui permettra d’y voir plus clair dans quelques temps, même si une vérification expérimentale prendra plusieurs semaines.

Quoi qu’il en soit, il reste encore beaucoup de mystères sur la réaction immunitaire de notre corps face au Sars-Cov2. “Malgré la présence d’anticorps, le virus ne peut-il pas rester dans des réservoirs? Cela pourrait expliquer les quelques cas étonnants de ‘réinfection’”, s’interroge Morgane Bomsel. Ces cas de réinfection pourraient être dus à des erreurs de tests PCR, mais l’idée d’un virus dormant n’est pas totalement impossible. “Cela a été décrit pour d’autres coronavirus”, rappelle la chercheuse.

Reste également la question de la durée de l’immunité, qui est encore très floue. L’étude réalisée par l’Institut Pasteur dans l’Oise semble indiquer qu’une immunité d’au moins deux mois existerait, rappelleL’Express. il faudra évidemment le vérifier avec d’autres données, et surtout savoir si cette immunité dure plus longtemps, pour envisager une protection longue durée.

Le risque d’une réinfection à cause des anticorps

Enfin, il existe une dernière inconnue importante autour de la réponse immunitaire: et si celle-ci facilitait une nouvelle infection? Cela peut sembler contre-intuitif, mais c’est un mécanisme connu, appelé “facilitation de l’infection par des anticorps”.

“L’anticorps a deux parties: une constante, identique entre chaque anticorps, et une variable”, explique Morgane Bomsel. C’est cette dernière qui est spécifique à un virus et l’empêche d’infecter les cellules humaines. Mais il a été démontré que certains virus sont capables d’infecter un organisme en utilisant justement la partie constante de l’anticorps, qui facilite donc la contamination. L’exemple le plus connu est celui de la dengue, où une deuxième infection a plus de risqued’entraîner des formes graves. “Des études ont montré que le Sars et le Mers [deux autres coronavirus, NDLR] fonctionneraient ainsi”, rappelle la chercheuse.

Certains éléments, comme un fort taux d’anticorps chez des patients gravement atteints par le Covid-19, font également craindre que ce phénomène existe également avec le Sars-Cov2, rappelle un chercheur chinois de l’académie des sciences dans une tribune publiée dans Nature le 9 avril.. Cette hypothèse avait d’ailleurs été évoquée par Edouard Philippe lors de questions au gouvernement pour relativiser l’utilité des tests sérologiques en l’état actuel de nos connaissances.

D’ailleurs, le test développé par le laboratoire Pasteur-TheraVectys pourrait permettre, en suivant des patients, de déterminer si les anticorps protègent ou facilitent la progression de la maladie, rappelle en conclusion l’étude qui présente les premiers résultats de cet outil.

Si ce nouveau test permettant de vérifier l’efficacité des anticorps est donc une étape importante, elle n’est pas suffisante pour assurer qu’une personne est maintenant hors de danger. “Il serait faux de dire qu’on peut délivrer un passeport d’immunité en fonction de ce que l’on sait” estime Morgane Bomsel. L’OMS a d’ailleurs rappelé le 25 avril qu’il n’existe pas de preuves suffisantes pour recommander l’usage d’un certificat d’immunité, alors que le Chili souhaite mettre en place un tel système.

Source : Huffpost

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