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Le confinement : une cause d’un stress et un déséquilibre psychique incontestable

Depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire au Maroc durant laquelle un confinement obligatoire a été imposé à l’ensemble de la population du royaume, l’adaptation avec à la nouvelle situation était disproportionnée, marquée toutefois par un état de stress, d’angoisse et de déséquilibre psychique chez certaines personnes.

En effet, vivre confiné ne fut pas au départ une situation acceptable pour une catégorie de la société marocaine, surtout celle vivant au jour le jour et n’ayant pas un revenu stable lui permettant de subvenir à ses besoins immédiats. Résultat, un état de trouble psychique, d’angoisse et voire même de colère et de violence.

A cet égard, plusieurs psychologues et psychothérapeutes se sont penchés sur ce côté noir du confinement qui est à deux mois successif dans un pays où l’activité est strictement dépendante du mouvement des personnes. Une situation qui a donné aussi lieu à plusieurs publications sur les réseaux sociaux des modalités des comportements des ménages durant cette période. Pire encore, les scènes de crimes et de violences ont suivi, instaurant une sorte de panique et de peur dans certaines villes du Maroc.

Que ce soit en milieu urbain ou rural, le confinement est vécu différemment avec toutefois une sorte de stress, apparent ou invisible, qui ne fait que prendre de l’élan tant que les plans d’une relance ne sont pas clairs. Cette panique n’est pas spécifique au Maroc mais elle est universelle autant que la pandémie du Covid-19. Ainsi, selon la psychiatre Sara Waliaallah, « le confinement est une période de stress puisqu’il y a un changement de notre mode de vie et ceci est plus manifesté chez les personnes vulnérables. En effet, chacun de nous a une capacité d’adaptation qui diffère d’une personne à une autre. Chez les personnes vulnérables, les capacités d’adaptation peuvent être dépassées et le confinement peut constituer un facteur déclenchant de plusieurs troubles psychiques, notamment la dépression, le trouble obsessionnel compulsif (TOC) et les attaques de panique. Les personnes qui ont le TOC de lavage devraient voir ce trouble s’accentuer avec la crise sanitaire.

La pandémie perturbe le mode de vie avec la perte de certaines habitudes quotidiennes comme aller au travail, sortir, voir sa famille ou pratiquer un sport; ceci retentit largement sur l’humeur, le sommeil ou sur les habitudes alimentaires. »

Le même constat est appuyé par Le Dr. Rezrazi El Mostafa, Senior Fellow a Policy Center for the New South, professeur de gestion de crises et de catastrophes au Japon et au Maroc, docteur en psychologie clinique et pathologique, université Mohammed V, et Ph.D. en affaires internationales et gestions des crises, Université de Tokyo, dans une interview publiée par le Finance News dont voici l’extrait : « Ces répercussions se manifestent à différents degrés et se différencient principalement chez quatre catégories sociales et professionnelles :

– Les personnes ordinaires, avec notamment les angoisses, les peurs et la souffrance dues au sevrage des habitudes quotidiennes qui provoque un tableau clinique conventionnel lié à la séparation, à l’addiction, et à l’adaptation;

– les personnes ayant des antécédents de troubles psychologiques ou mentaux;

– les personnes qui manifesteraient de nouveaux troubles du comportement, sensationnels ou émotionnels;

– les professionnels œuvrant dans le domaine de la santé et des services de sécurité rapportent des inquiétudes et des craintes en lien avec le contexte de pandémie. Il s’agit d’inquiétudes liées aux capacités physiques et mentales, ou avec la santé des proches et au risque de contagion, des craintes de contracter la maladie et/ou de mourir, des craintes de manquer d’équipement de protection. Et puis, il y a la crainte de ne pouvoir répondre aux attentes professionnelles.

Les cas consultés démontrent généralement une variété de malaises et de détresses, mais les symptômes généralement manifestés sont : fatigue et stress, aggravation des problèmes préexistants de santé physique ou mentale, augmentation de l’usage de psychotropes, sentiment d’impuissance, souffrance morale et détresse psychologique liées  aux dilemmes professionnels pour ceux qui continuent de travailler pendant le confinement, perturbations du sommeil, de la concentration et de l’appétit, anxiété et dépression, et puis aussi des formes mutées de l’état de stress post-traumatique.

Mais la gestion de ces déséquilibres dépend de la capacité des individus à trouver des réponses à leurs questions et à créer un mode de vie qui leur permette de s’adapter à la nouvelle situation. Elle dépend aussi de leur capacité à activer les énergies positives et à redéployer ces énergies vers des activités professionnelles, sportives ou artistiques positives, dans le respect total des procédures et des bonnes conduites du confinement sanitaire.

Reste à dire que dans une situation comme celle-ci, il y aura d’autres défis auxquels nous serons confrontés au cours de la période post-crise, notamment le problème de la gestion de l’épuisement /le Burn out, puis de la gestion de la paix sociale.

Je pense que la Cellule de gestion de cette crise devrait travailler à l’élaboration de stratégies pour faire face à ces deux problèmes à moyen terme, car leurs coûts sont élevés. Et la résolution de ces problèmes ne pourra être ni technique, ni immédiate. »

D’autres études ont été réalisées en France et autres pays et dont les résultats convergent vers les mêmes conclusions, c’est que le confinement, malgré le fait qu’il soit une mesure efficace contre la propagation du Covid-19, il est aussi un facteur direct du stress et du déséquilibre psychique voire même social qui est très attendu par les spécialistes et les observateurs, toutes catégories confondues.

Il est donc clair que les conséquences de la pandémie Covid-19 ne vont pas se limiter dans le court terme tant sur le plan économique, social et psychologique. Les chances d’un déconfinement progressif n’apporterait pas la solution à tous les maux que la crise a causé et le fait de revivre dans un délai très proche une vie sans crainte d’un rebondissement de la maladie n’est pas encore prévisible. A cela s’ajoute les mesures de fermeture des frontières qui risquent de s’étaler sur une durée indéterminée tant qu’un vaccin n’a pas encore vu le jour et qui pour l’OMS comme pour L’ONU doit figurer parmi les vaccins préventifs contre des maladies à caractère épidémiologique comme le paludisme, l’Ebola ou la fièvre jaune.

Mohamed Laghouizi

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