Maroc

Le déconfinement au Maroc : une décision qui dépend de la fluctuation de la courbe de la pandémie

A une semaine de la fin du confinement, on se demande sur la décision du gouvernement sur un déconfinement ou une prolongation de la date du confinement, surtout qu’on serait à quelques jours de l’Aid Al Fitr prévu le 24 mai de l’année en cours et surtout de la continuité de la découverte de nouveaux foyers où le virus s’est établi.

En effet, depuis la parution de la pandémie du covid-19, le royaume du Maroc a instauré le confinement obligatoire pour limiter la propagation du virus. Ceci dit, la décision sur le déconfinement dépendra désormais du suivi du gouvernement de l’évolution de la pandémie à travers le pays. A noter également qu’un constat sur les structures sanitaires a été élaboré depuis le début, mettant en exergue la possibilité d’un risque de saturation si de telles mesures n’ont pas été prises en temps réel.  Dès lors, le contrôle de l’évolution de la pandémie, en déployant tous les moyens possibles, fut le premier souci du ministère de la Santé.

Ainsi, selon Khalid Ait Taleb, il faut trois conditions à remplir pour amorcer le déconfinement dont plus particulièrement la stabilité de la situation épidémiologique, la tendance à la baisse des nouveaux cas de contamination et l’inflexion de l’indicateur de propagation du virus sous la valeur 1 ». Autant de préalables qui ne sont pas encore réunis à la lecture des statistiques officielles.

Depuis le prolongement de l’état d’urgence sanitaire, le 20 avril, plus de 3400 nouveaux cas ont été enregistrés, près de 45 décès, mais surtout plus de 2700 guérisons, ce qui a permis, de maintenir la courbe des cas actifs aux alentours de 3300 personnes. Un seuil reconnu non alarmant mais qui risque de l’être si toutefois la courbe des nouveaux cas positifs au virus ne tende pas vers la baisse.

Face donc à tous ces impératifs, il est toujours possible que le déconfinement n’aura pas lieu avant le mois de juin, en dépit de la mobilisation de tous les départements ministériels pour le mettre en application. Un déconfinement progressif dont le plan va être exposé par le chef du gouvernement le 18 mai devant le parlement. La situation épidémiologique demeurant inquiétante à une semaine de l’arrivée à terme de l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement se garde bien de s’aventurer à annoncer d’un quelconque plan de sortie de confinement. Les Marocains semblent d’ailleurs condamnés à subir un deuxième prolongement au-delà du 20 mai, pour au moins quelques jours. « Autoriser une libre circulation des personnes à la veille des célébrations de Aïd El Fitr (prévu le 24 mai) réduirait à néant tous les efforts déployés jusque-là », nous explique une source proche de la primature. Et souligne que tous les départements ministériels sont mobilisés pour préparer « un déconfinement progressif » qui, a priori, ne devrait pas démarrer avant la première semaine de juin.

Et en la matière, le royaume n’ambitionne pas de réinventer la roue,  simplement de capitaliser sur les expériences entamées ailleurs, notamment dans les pays européens voisins. Une application de traçage de la population a ainsi été développée, à l’instar de ce qui se fait dans certains pays comme la Corée du Sud. Appelée Wiqaytna (notre prévention), elle a été présentée en début de semaine lors d’une visio-conférence de presse organisée par les ministères de la Santé et de l’Intérieur. Installé sur les smartphones, cet outil permet une « notification d’exposition au Coronavirus » à travers l’identification des personnes qui ont été en contact avec un testé positif durant les 21 derniers jours précédant son diagnostic. Validée par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), cette application en open source reste basée sur le volontariat, insistent les promoteurs de Wiqaytna, toujours en phase de test.

L’idée d’une approche progressive qui prend en compte l’évolution régionale de la pandémie commence également à faire son chemin. En effet, 27 provinces du royaume ne comptent actuellement plus aucun cas actifs. Il n’est donc pas exclu qu’elles soient les premières concernées par la levée de certaines restrictions du confinement sanitaire. D’ailleurs, dans certaines de ces régions où le Coronavirus a disparu, le ministère de l’Agriculture a autorisé cette semaine la réouverture d’une douzaine de souks hebdomadaires. Des précautions sanitaires ont été prises pour assurer cette « réouverture indispensable, non seulement pour l’approvisionnement des zones rurales, mais aussi pour permettre la subsistance des petits producteurs ruraux », comme l’admet l’administration de tutelle.

Enfin, disons que malgré le travail remarquable des autorités pour appliquer le confinement, les marocains espèrent quitter leurs foyers avant la fin du Ramadan. La célébration de la fête d’Aid Al Fitr est une coutume ancestrale et le fait de retrouver des membres de la familles et des amis serait un soulagement après ces deux mois d’emprisonnement imposés par le Covid-19. Cependant, entre-temps, la vigilance et le respect des mesures décrétées par l’état d’urgence sanitaire sont le seul moyen pour sortir de cette crise jamais vécue dans l’histoire humaine.

Mohamed Laghouizi

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