Environnement

JOURNEE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT :   HALTE A L’EXPLOITATION ABUSIVE DES PRODUITS FORESTIERS NON LIGNEUX DANS LE PARC NATIONAL D’IFRANE    

En ces temps de confinement imposé aux humains par l’etat d’urgence sanitaire décrété par les pouvoirs publiques pour lutter contre la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus, la nature a pu reconquérir des territoires et de reprendre ses droits. Dans la province d’Ifrane par exemple, il aura suffi de quelques semaines pour que les indicateurs écologiques se remettent au vert et que la strate herbacée commence à se régénérer et la vie faunistique retrouver ses bonnes vieilles habitudes.

Dans la forêt d’Azrou et plus précisément au Sheb, la nature règne, à nouveau, en maitre. Son écosystème réinvestit des champs autrefois abusés par l’Homme et rien n’altère désormais sa quiétude sauf ces clandestins qui n’ont aucun respect ni pour la nature et ces plantes aromatiques et médicinales, ni pour la loi en vigueur imposées en ces temps de confinement.

En effet, lors d’une sortie de terrain organisée dans le site à la veille de la Journée Mondiale de l’Environnement placée en cette année 2020 du COVID-19 sous le thème de la « BIODIVERSITE », il nous a été donné de constater que des exploitants clandestins procèdent à la collecte illicite des plantes aromatiques et médicinales dont notamment et surtout le Thym florissant dans ce site du Sheb où de gros arbres de cèdres millénaires aussi n’ont pas été épargnés par d’autres exploitants du Goudron du cèdre qui incendient d’une manière criminelle ces beaux cèdres pour en extraire ce fameux goudron.

Ceci dit, il nous importe de faire appel aux décideurs au niveau du département des eaux et forêts et aux gestionnaires des parcs nationaux dont notamment et surtout le Parc national et ce, en vue de les voir pencher sérieusement sur l’étude de cette grave problématique qui ne cesse de saigner à mort notre patrimoine naturel dans la perspective de trouver des solutions susceptibles de mieux organiser et encadrer l’exploitation des produits forestiers non ligneux (PFNL), également appelés « produits forestiers autres que le bois », considéré par la FAO comme, des biens d’origine biologique autres que le bois, dérivés des forêts, d’autres terres boisées et des arbres hors forêts. Ces produits précisons-le : sont des substances, des matières premières ou des matériaux utiles obtenus des forêts sans exploitation forestière, c’est-à-dire sans qu’il soit nécessaire d’abattre des arbres. Comme par exemple les animaux chassés comme gibier ou pour leur fourrure, ou de poissons, de fruits (baies, noix, etc.), de graines, d’épices, de champignons, de feuilles (fourrage), de plantes médicinales, de tourbe, etc.

Ces PFNL sont exploités dans presque tous les massifs forestiers du Royaume dont celui du Parc National d’Ifrane, mais ils restent très mal valorisés.

En attendant de meilleurs horizons pour ces PFNL laissés à la merci de l’exploitation abusive illicite et meurtrière, nous signalons que des actions de recherche qui avait pour objectifs l’étude des modes de gestion et d’exploitation des conifères – notamment le cèdre – employés dans la fabrication des goudrons et la mise en évidence des savoirs, des savoir-faire et des techniques mis en œuvre pour l’extraction des goudrons ont montré que :

  • Une tonne du bois du cèdre fournit en moyenne 175 litres de goudrons ;
  • La production d’une goudronnière de 3,6 t de bois du cèdre dure une semaine ;
  • 1 litre de goudron de cèdre vaut 10 Dh chez les coopératives.

Il y a conviction que la filière du goudron nécessite une organisation pour limiter les travaux clandestins liés à la production de goudrons.

Aussi, l’écorce et la résine appelée cédrine sont employées aujourd’hui comme remèdes. Il est aussi possible d’en extraire de l’oléorésine dont on tire une essence utilisée en parfumerie. La distillation artisanale du bois de cèdre se pratique encore au Maroc comme celle du genévrier. Elle fournit un goudron plus fluide que celui du genévrier, utilisé dans de multiples usages (pour traiter la gale des animaux et des dermatoses chez les hommes, dilué dans l’eau comme stomachique, pour les douleurs intestinales et les maladies de la bile et du foie).

Quant au thym, sous sa forme commune, c’est une plante importante de la pharmacopée, et particulièrement dans cette zone du Sheb et du Parc national d’Ifrane en général où elle pousse naturellement. Outre son utilisation aromatique dans la cuisine marocaine, ses vertus diverses sont à même de soulager une grande variété d’affections respiratoires et intestinales. Il constitue ainsi un anti-infectieux à large spectre et un stimulant de l’immunité.

Tout en rappelant que le Parc National d’Ifrane plusieurs autres produits forestiers non ligneux très mal exploités dont notamment et entre autres le lichen, les champignons et morilles, l’aubépine et  le Romarin ; il y’a lieu de noter enfin que le Maroc dispose de 4.200 espèces de plantes, dont 400 ont des caractéristiques médicinales et aromatiques. La production nationale annuelle s’élève à 140.000 tonnes, dont 52.000 tonnes de plantes et 500 T d’huiles essentielles sont exportées, plaçant le royaume au 12ème rang mondial.

Mohammed Drihem

 

 

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