Dossier

Le Covid-19 : une crise mondiale inédite. Faits et explications.

Karim ERRAJAA Expert, Professeur-Chercheur et Directeur académique du département des mémoires de recherche à Paris School of Business (France).

Le Coronavirus, aussi appelé Covid-19, est apparu pour la première fois en fin d’année 2019 en Chine dans la ville chinoise de Wuhan, dans la province de Hubei. Le virus semble émaner d’un grand marché de ville, le Huanan Sea food Wholes a le Market. Il fait partie de la famille des coronavirus SARS-CoV-2 ; il est capable de causer des maladies infectieuses pouvant s’apparenter à un simple rhume et prendre des formes de pathologies plus sévères telles que le MERS ou le SRAS. Il va sans dire que la crise sanitaire due à la pandémie du Covid-19 est sans commune mesure avec les autres crises à bien des égards. Explications. Le Coronavirus fut imprudemment considéré comme un virus banal et moins dangereux. Les experts sous-estimaient sa virulence, prévoyaient une épidémie de courte durée et préconisaient de prendre des précautions parfois hasardeuses pour y faire face. L’histoire montre finalement qu’il s’agit bien d’une pandémie galopante et qu’il fallait faire preuve d’un certain esprit de prudence. Il y a un parallèle intéressant entre cette situation et la pandémie de la peste racontée dans le célèbre livre La peste d’Albert Camus (1947). Ce dernier en parlait déjà ainsi : « beaucoup cependant espéraient toujours que l’épidémie allait s’arrêter et qu’ils seraient épargnés avec leur famille. En conséquence, ils ne se sentaient encore obligés à rien. La peste n’était pour eux qu’une visiteuse désagréable qui devait partir un jour puisqu’elle était venue. Effrayés, mais non désespérés, le moment n’était pas encore arrivé où la peste leur apparaîtrait comme la forme même de leur vie et où ils oublieraient l’existence que, jusqu’à elle, ils avaient pu mener. En somme, ils étaient dans l’attente ». Le coronavirus est devenu tout à coup une pandémie qui s’est diffusée au début de 2020 dans le monde entier. Sa dangerosité est sans équivoque et ses conséquences sont insoupçonnées. Et en réalité aucun pays n’a été épargné sachant que l’impact n’a pas le même degré d’intensité dans tous les pays. Certains pays ont été plus touchés que d’autres, ce qui traduit une nette hétérogénéité des situations géographiques selon l’étude[1] de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques). Il faut dire que les situations épidémiologiques et les mesures de confinement adoptées sont différentes d’un pays à l’autre. Cette crise sanitaire a provoqué partout un choc systémique, brutal et traumatique. Le caractère inédit de cette crise sanitaire réside dans le nombre considérable des personnes infectées, sa contagiosité, l’évolution exponentielle, accélérée, son caractère imprévisible, universel et l’étendue de ses conséquences systémiques violentes dans quasiment tous les domaines. A ce propos, la majorité des secteurs d’activité ont été durement impactés durant cette crise. Quelques indicateurs sont révélateurs de l’ampleur de cette crise mondiale. Sur le plan sanitaire, les chiffres publiés par Statista[2] sont alarmants ; ils indiquent que le nombre de personnes infectées par le coronavirus COVID-19 dans le monde au 23 juin 2020 a atteint les 9,1 millions, dont 84.624 étaient localisées en Chine. Ils soulignent, de surcroit, que les États-Unis est le foyer épidémique le plus important compte tenu du nombre considérable de contaminations et de décès dus au COVID-19. Il faut noter, toutefois, le nombre important de cas de guérisons.

 

Dans le but d’endiguer la pandémie et d’atténuer le choc qui en découle, les Etats ont entrepris le choix humaniste et réaliste de placer la santé au-dessus des autres impératifs.  C’est ainsi qu’un plan de confinement urgent, drastique, général a été décrété et déployé in situ par les gouvernements et les collectivités locales au nom du principe de précaution. Il a imposé l’isolement des humains. Alors que se clôturent l’année scolaire et universitaire, les établissements de formation (écoles, universités…) ont fermé et eu recours à l’enseignement à distance afin de garantir la continuité pédagogique dans un contexte marqué parfois par les inégalités sociales et régionales en matière d’accès à la pédagogie en distanciel. Les administrations ont également réduit significativement leur activité. Le processus démocratique a, lui aussi, été chamboulé dans certains pays (e.g. France) puisque les élections majeures ont été reportées à une date ultérieure sous réserve de l’amélioration de la situation épidémiologique.

Certes, il est prématuré d’établir un état des lieux définitif et exhaustif des conséquences de la crise, qu’il faudra attendre avant de dresser le bilan véritable et de savoir à combien s’élèvera la facture globale, mais certaines conséquences se dessinent déjà. En effet, les études économiques estiment que l’impact du confinement sur les grandes économies mondiales sera vigoureux. L’activité économique a connu un coup d’arrêt majeur, instantané et violent dans la mesure où de nombreuses entreprises ont dû cesser leurs activités et privilégier ainsi le télétravail comme une forme alternative de continuité professionnelle ; d’autres entreprises ont continué à exercer une activité partielle. Conscients de la gravité du choc économique, les gouvernements (e.g. France) ont mis en œuvre un plan d’aide inédit et majeur pour voler au scours des entreprises comme le financement du chômage partiel, le report du paiement des charges…).En matière macro-économique, le journal Les Echos[3] évoque une baisse exceptionnelle du PIB (Produit Intérieur Brut) mondial, évaluée à 19 % sur fond d’un arrêt immédiat, brutal d’activité et de la rigueur du confinement instauré. La même source met en évidence que le commerce mondial a régressé de 25 %.

Source : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/covid-19-les-pays-les-plus-impactes-par-une-recession-mondiale-historique-1208765

 

La même source souligne la crise de demande qui demeure variable selon les pays, la stratégie de confinement adopté, le secteur d’activité et l’ouverture des économies. L’OFCE[4] a chiffré que l’impact d’un mois de confinement pourrait engendrer un déclin de la consommation effective des ménages de 18 % sachant que 7 branches d’activités économiques (e.g. transport, hébergement, restauration, construction, loisirs) sur 17 semblent représentent environ 80 % du choc. Au-delà de ces activités, la mode est également fortement touchée. De surcroit, faut-il craindre que le caractère anxiogène de la crise (e.g. mesures préventives de contrôle de la pandémie et du confinement, hypermédiatisation de la crise) provoquent in fine des réactions négatives et des comportements d’évitement sévères(e.g. anxiété, hypervigilance, dépression, repli sur soi, paranoïa, peur de l’autrui, peur du danger, stress, sentiment de perte de contrôle, baisse de consommation), à fortiori dans les environnements physiques(e.g. lieux de travail, lieux publics « écoles, universités, marchés, aéroports, gares, espaces commerciaux, hôpitaux »…). Selon le journal La Croix[5], la diminution de la demande, la réduction ou l’interruption de l’activité pourraient faire grimper le chômage partiel qui pourrait concerner pas moins de 5,7 millions d’individus (21 % de l’emploi salarié). Et le journal Les Echos[6]de souligner l’impact instantané et croissant du plan du confinement sur la diminution relative des emplois ; à titre illustratif, 1,8 million emplois salariés auraient été détruits en Allemagne, 200.000 en France et 800.000 au Royaume-Uni souligne le journal les Echos. Des prévisions laissent présager des licenciements dans différents secteurs. De même, la consommation de l’énergie, le trafic routier et le tourisme international sont durement touchés. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) prévoit le scénario chaotique d’une baisse significative du nombre de voyageurs internationaux, située entre – 58 % et – 78 % rapporte le journal Les Echos[7]. Le tourisme international, notamment le transport aérien ont connu une récession mondiale significative et ne reviendront pas à une situation normale avant 2023. Les objectifs et scénarios de croissance, de réduction du chômage, de la maitrise des déficits publics, de l’accroissement des investissements extérieures et intérieurs semblent pour l’heure compromis. Force est de constater que cette crise a mis au jour la vulnérabilité patente et énorme des Etats en matière de gestion des crises. Cette vulnérabilité est due à un manque de souveraineté et d’indépendance sanitaire, agricole, financière, technologique et économique. La rupture des stocks des masques dans certains pays (e.g. France) en est l’illustration absolue. A contrario, d’autres pays (e.g. Maroc, Tunisie, Corée du Sud) ont fait preuve d’une gestion réussie de la crise sanitaire.

 

Cependant, il faut noter les effets d’aubaine de cette crise sur certaines activités qui ne sont pas impactées par cette crise. Il s’agit notamment de l’agriculture, de l’industrie agroalimentaire, de la consommation d’énergie pour les foyers, de la finance, de la restauration, de la distribution, de la livraison, de l’assurance, de la communication, de l’informatique et de la médecine. Cette situation étant imputable au rôle vital de ces branches pour endiguer la pandémie, atténuer le choc massif, brutal de la crise et subvenir aux besoins fondamentaux de la population. Les conséquences du confinement sur l’écologie sont naturellement positives. L’hypothèse d’un plan de confinement durable serait illusoire et pas forcément la solution la plus efficace. Par conséquent, le déconfinement graduel pour limiter le choc économique, social était un compromis idoine. Il faudra dresser à postériori le bilan de ce déconfinement et tirer les conséquences de cette crise historique.

 

 

 

 

 

[1] https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/pbrief/2020/OFCEpbrief69.pdf.

[2] https://fr.statista.com/statistiques/1091585/morts-infections-coronavirus-monde.

[3]https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/covid-19-les-pays-les-plus-impactes-par-une-recession-mondiale-historique-1208765.

[4]https://www.la-croix.com/Economie/France/Limpact-economique-Covid-19-trois-chiffres-2020-03-30-1201086985).

[5]https://www.la-croix.com/Economie/France/Limpact-economique-Covid-19-trois-chiffres-2020-03-30-1201086985)

[6]https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/covid-19-les-pays-les-plus-impactes-par-une-recession-mondiale-historique-1208765

[7]https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/coronavirus-le-tourisme-mondial-toujours-plus-pessimiste-1201406

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