Dossier

« Falloujah, ma campagne perdue », une BD qui met à nu le recours par l’armée US aux armes prohibées !

K.fattoumi

« Tout a commencé avec une histoire de jumelles »…. C’est le prélude à la tragédie de Falloujah. Des soldats américains en poste d’observation sur les toits d’une école avec une vue imprenable sur les terrasses des maisons, espace dédié aux femmes dans leur quotidien, sont pris à partie par des manifestants. Épier leurs mères, leurs épouses, leurs filles est un sacrilège qui se devait de cesser.

Arborant des pancartes pour que cesse cette violation d’intimité, ils se rassemblent devant l’école pour crier leur colère. La réponse a été dans la démesure d’une puissance arrogante et de soldats sans préparation aucune sauf à tirer dans le tas car tout irakien est un ennemi potentiel, rapporte le site «  perspectivesmed.com »

Les GI, surarmés, mitraillent une foule de civils sans armes. Et c’est l’engrenage. Les morts crient vengeance… et des mercenaires US sont lynchés lors d’embuscades un an plus tard. La riposte de l’oncle Sam fut terrible. Cette épouvantable méprise rappelle l’incursion armée des troupes coloniales dans les pays vaincus à la fin du XIXème et le début du XX siècle. Une méconnaissance totale des us et coutumes des populations locales qui se termine par des massacres dans l’anonymat et le silence total.

Pour venger ses quatre mercenaires, l’armée US use et abuse de sa puissance de feu dans une campagne punitive qui rappelle les ignominies commises par l’armée nazie durant la seconde guerre mondiale, voir pire ! 45 000 hommes encerclent la ville et se donnent à cœur joie, à grand renfort de raids aériens, pour réduire à néant une ville et ses habitants. Pour masquer ses méfaits comme durant la guerre du Vietnam, l’armée US interdit la ville aux « étrangers ». Un massacre sans témoins ! Les habitants sont soumis à un contrôle strict. Empreintes digitales et oculaires des tous les habitants sont imposés à tous. La cité des mosquées est un amas de ruines et ses habitants des cobayes d’une guerre d’un nouveau genre. « Falloujah ressemble à paysage lunaire »…(ou)  tout est gris et poussiéreuxy compris les visages.

La vengeance américaine a atteint son paroxysme avec les raids de l’aviation. « …le ciel est souvent devenu orange ….le phosphore blanc…la mort. Les oiseaux de malheur l’ont fait faire pleuvoir comme de la neige brûlante et lumineuse sur la ville. : on ne pouvait ni se défendre, ni se protéger de ça. 

Pour les habitants de Falloujah, Le phosphore blanc est devenu l’ennemi n° 1 : invisible il a contaminé les civils, la terre, l’eau et même l’air. 

Au-delà des morts et blessés qui se comptent par milliers, ce sont les conséquences sur les futures descendances qui sont mises en lumières par cette Bande Dessinée.

Le croque mort n’a pas assez de mots pour décrire les pleurs des mamans à qui on arrache leurs bébés morts… « Le bruit des bombes n’est rien à côté d’un tel cri. ».

Bienvenue à Falloujah où 20 % des naissances sont « anormales » on ne compte plus les avortements spontanés, les malformations congénitales, les leucémies, les cancers… Falloujah est devenue un musée des horreurs, c’est le Tchernobyl aux abords de l’Euphrate.  Des enfants sont nés sans bras, avec deux têtes, sans organes oculaires… Des centaines de malformations auxquelles s’ajoutent des anomalies cardiaques et des maladies génétiques inconnues. Médecins et scientifiques sont certains que c’est le fait des armes chimiques déversées sur la ville, selon la même source.

Tel Alani, en tant que lecteur, on « est agité de sentiments violent, de douleur, de tristesse et l’on partage sa peur sa colère et surtout son impuissance.  

Sa quête de la vérité au printemps 2007 l’emmène à Boston où il rencontre Ross Caputi, un ex-marine revenu d’Irak pour épouser les plis de l’activiste aux côtés de plumes et de voix respectées tel celle de Noam Chomsky. Rongé par la culpabilité, ce dernier éprouve une profonde acrimonie à l’endroit du discours va-t-on guerre dans son pays. Un discours où les morts civiles sont réduites en dommages collatéraux.

Pour lui, le martyr de Falloujah n’est autre qu’un crime de guerre d’une force d’occupation illégitime. Dans ses meetings organisés à travers le territoire étasunien, il n’a de cesse de demander justice pour Falloujah. Pour lui, la Cour pénale internationale doit se saisir de ce crime de guerre pour punir les responsables et les coupables qui se pavanent à Washington en toute impunité.

A New York, Alani fait la connaissance d’Alexandre Matthew. Autre vétéran d’Irak gravement malade qui, à son retour, vit le même enfer que les civils de Falloujah : outre sa maladie, sa femme a donné naissance à un bébé souffrant de malformations qui rappellent le martyr des enfants de Falloujah.  N’étant pas un cas unique, les autres parents ont formé une association pour demander la reconnaissance des maux qui rongent leurs enfants comme conséquence directe de l’utilisation de l’armée US d’armes chimiques et demander l’interdiction de l’usage de ces dernières.

Insatiable, Alani va à la rencontre du professeur Doug Rokke, spécialiste de la radioprotection qui s’est spécialisé dans l’étude de l’utilisation de l’uranium appauvri sur le corps humain. En effet, les transformations génétiques ont généré des conséquences dramatiques sur les contingents de l’opération Desert Storm revenus d’Irak, dont 220 000 sont déclarés invalides. Selon D. Rokke, près de 2000 tonnes d’uranium appauvri ont été déversées en Irak …Essentiellement à Falloujah ! Quoi de plus pour diligenter une enquête… A moins que la quête de vérité soit inappropriée pour la Maison Blanche et le Pentagone. …

Sur les conseils avertis de ce spécialiste américain, Alani s’entretient avec Christopher BUSBY.  C’est un autre spécialiste des risques liés aux radiations qui s’est penché sur les cas de Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl, le Kosovo, la bande de Gaza et l’Irak. C’est le premier à s’être intéressé au martyr de Falloujah. Même en ayant subi toutes sortes d’obstacles pour mener son enquête, l’équipe qu’il a constituée a abouti à de terribles conclusions. Les taux de leucémie, de cancers en tout genre, principalement ceux qui affectent les enfants, les malformations dont souffrent ces derniers sont identiques, voire supérieurs à ceux d’Hiroshima et de Nagasaki !

De peur d’aller plus loin dans ses recherches, son équipe et lui ont été menacés de mort et accusés de Terrorisme.  Les familles irakiennes ayant répondu aux enquêtes vivent sous pression des autorités de Bagdad. Tout est fait pour que la chape de plomb reste fermée sur une vérité que réclament les morts, les blessés et autres contaminés, passés, présents et à venir. Il s’agit de l’utilisation de l’uranium appauvri et probablement enrichi contre les civils irakiens.

A ce jour, force est de constater que rien n’est entrepris dans ce sens. Pire encore. L’actuel président des Etats-Unis s’en prend même au Tribunal Pénal International. Les études de chercheurs indépendants sont bloquées fautes d’autorisation et/ou de financement.

Mais en dépit de tous ces obstacles, nombreux sont ceux qui œuvrent toujours pour que la vérité éclate au grand jour et pour que l’Oncle Sam réponde de ses actes ignominieux.

La BD de Feurat Alani lauréat du prix Albert Londres 2019 est un témoignage poignant qui se doit d’être lu pour ne pas oublier et pour demander justice.

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