Dossier

Eclairage sur la Politique de la Ville

 

Par : Ferouat Abdel-Illah- Docteur en Droit

Les villes marocaines ont connu  une explosion démographique et une expansion urbanistique qui a empiété sur les périphéries rurales ; le résultat bien sûr est l’accroissement des besoins de la population dans tous les domaines, ce qui requiert l’adoption d’une vision cohérente favorisant l’anticipation et la maitrise des retombées de ladite expansion afin de rétablir l’équilibre entre la ville et ses zones rurales limitrophes en instaurant les conditions propices à une cohésion des agglomérations dans un espace de convivialité et de dignité, avec une population attachée à son originalité et son identité.

La ville de Kénitra n’échappe pas à ce phénomène, sa population a été doublée dans une période limitée, et à la prochaine décennie, elle va avoisiner le nombre d’un million d’habitants.

Une telle mutation met cette ville face à des enjeux et des défis considérables qu’il s’agit actuellement de relever et d’affronter surtout les problématiques majeures ayant trait à l’intégration urbaine, à la croissance économique et au chômage mettant en péril la cohésion sociale de Kénitra.

En dépit des efforts déployés au niveau de cette ville, lesdites situations imposent leurs reflets sur son paysage et ses systèmes urbains constatés à travers le diagnostic suivant :

  • Des entités urbaines fractionnées ;
  • Emergence des espaces adjacents dont la pression démographique et urbanistique est mal maitrisée ;
  • Déséquilibre de la répartition des équipements publics entre les différents quartiers de la ville ;
  • Insuffisance des infrastructures des modes de transport collectif ;
  • Fragilité de l’économie locale ou l’informel occupe une place prépondérante ;
  • Des espaces environnementaux menacés et un patrimoine en danger face surtout à un lobby exerçant des spéculations immobilières provoquant des agissements allant jusqu’à la démolition des sites classés patrimoine historique non seulement de la ville de « Hallala», mais de toute l’humanité.

Dans cet état d’esprit, et pour illustrer clairement les données ci-dessus, on peut citer les quartiers de Kénitra les plus démunis dont la pauvreté est manifeste et l’exclusion sociale est flagrante. Il s’agit des quartiers situés dans la zone nord de la ville : Lamkhalif, Ainsebaa et Nkhakhsa, et ceux localisés dans le sud de la ville : Ouled Mbarak, Hancha, Ouled Moussa et Douar Chate.

 

Pourquoi une politique de la ville de Kénitra ?

Les déficits en services et les disparités manifestes entre les différents quartiers de la ville doivent être réduits dans une vision d’intégration et d’inclusion sociale, de telle sorte que le Kénitrien quel que soit son lieu de vie, de travail ou d’autre cadre de vie, sent l’équité dans l’usage et le bénéfice des services publics et le partage des richesses ainsi que du bien-être et de la  sécurité.

Pour ce faire, l’ensemble des acteurs de la ville doivent être mobilisés afin d’apporter les solutions appropriées à la panoplie des problématiques avec une hiérarchisation prenant en considération leur acuité, leur ampleur, et leur tendance à contribuer à l’amélioration des conditions économiques, sociales et culturels des kénitrien

Ceci dit, il est judicieux de renforcer la compétitivité et l’attraction de cette ville, dans une logique de complémentarité régionale et nationale en vue de créer un territoire de performance propice à la production des richesses qui constitue un levier puissant contribuant au développement de l’ensemble du pays.

Le corollaire de cette dynamique, c’est une Politique de la ville plaçant le citoyen de Kénitra , sa dignité, son épanouissement et sa quiétude au cœur de ses actions.

Cette politique est appelée à se déployer pour résorber des déficits enregistrés dans les zones et les quartiers en matière d’équipements et en termes de services de proximité. Son objectif ultime est d’anticiper le développement de cette ville et le soutien de sa vacation et ses fonctions à des échelles d’intervention diversifiées mais territorialement complémentaires, sachant que la régionalisation adoptée par le Maroc représente, à cet effet, un cadre institutionnel pertinent de coopération et de collaboration.

Contribution de la société civile et des Kénitriens résidant à l’étranger

Les associations intéressées à la chose publique et les organisations non gouvernementales ont le droit, de par la constitution marocaine de 2011, de contribuer à l’élaboration de la politique publique de leurs villes dans le cadre de la démocratie participative.

Aussi, les articles 14 et 15 stipulent respectivement que « les citoyens et les citoyennes disposent (…), du droit de présenter des motions en matière législative « et « les citoyens et les citoyennes disposent du doit de présenter des pétitions aux pouvoirs publics ».

Donc, à l’instar de tous les marocains, les Kénitriens jouissent de leurs droits de participation dans la vie active de leur ville pourvu que cette dernière dispose d’une politique en bonne et due forme.

Et abstraction faite du sentiment d’appartenance à la ville de Kénitra, les résidents à l’étranger originaires de cette ville, peuvent jouer un rôle primordial dans la politique de leur ville du moment qu’ils jouissent en tant que marocains des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeur et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales, locales, régionales et nationales.

Enfin, telle était une participation citoyenne aspirant au lancement d’un débat autour de cette thématique visant à jeter la lumière sur la finalité et la raison d’être de l’ampleur de la Politique de la ville d’une manière générale, et de la ville de Kénitra d’une façon particulière.

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